Quand la solitude devient un lieu de rencontre avec soi
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Il est des solitudes que l’on choisit et d’autres qui nous sont imposées. Les unes offrent du repos; les autres peuvent peser jusque dans les gestes les plus ordinaires. Il serait injuste de les confondre ou de prétendre que toute absence finit par nous faire grandir.
Pourtant, certains moments de solitude ouvrent un espace que le bruit de nos journées avait peu à peu refermé.
Nous passons beaucoup de temps à répondre. À une demande, à une attente, à une urgence. Nous savons parfois très bien ce qu’il faut faire pour que tout continue, sans savoir avec la même précision ce qui se passe en nous. Les journées se remplissent, les conversations se succèdent, et notre propre voix devient une présence discrète, facile à couvrir.
Puis le silence arrive.
Il n’apporte pas toujours la paix. Il peut d’abord révéler une fatigue que l’on tenait à distance, une peine que l’on avait nommée trop vite, ou le sentiment étrange d’être devenu étranger à sa propre vie. On voudrait parfois remplir immédiatement cet espace, simplement pour échapper aux questions qu’il soulève.
Mais demeurer un moment auprès de soi peut permettre autre chose : écouter avant de conclure.
Qu’est-ce qui me manque réellement? Qu’ai-je accepté si longtemps que je ne songe même plus à le remettre en question? Parmi toutes les directions que j’emprunte, lesquelles sont encore les miennes?
Ces questions ne demandent pas des réponses immédiates. Elles demandent d’abord qu’on leur fasse une place. Se rencontrer soi-même n’a rien d’une révélation soudaine. C’est souvent un travail plus humble : reconnaître une émotion sans la repousser, admettre un besoin sans le juger, laisser émerger une pensée avant de décider si elle est raisonnable.
Peu à peu, quelque chose peut changer dans notre manière de nous regarder. Nous n’avons pas à résoudre toutes nos contradictions pour nous accorder de l’attention. Nous pouvons apprendre à habiter notre vie telle qu’elle se présente, avec ses zones claires et ses pièces encore fermées.
Cela ne diminue en rien notre besoin des autres. Certaines solitudes appellent une présence, une conversation, une aide véritable. Les liens peuvent même nous prêter des mots lorsque nous n’en trouvons plus pour nous-mêmes. Mais il existe aussi une valeur particulière à entendre sa propre voix, sans qu’elle soit aussitôt recouverte par le monde.
Peut-être est-ce ainsi que l’on commence à se retrouver: sans certitude éclatante, sans devenir soudain une autre personne. Simplement en cessant de passer devant soi comme devant une porte que l’on n’ose plus ouvrir.
Dana Lessard